Miscellanées, glanures sur…« les piranhas » 1ère partie

Fréderic MARTIN est un aquariophile passionné qui nous rejoint pour apporter ses contributions sur l’histoire des piranhas et la création du mythe. Il dispose d’une importante base documentaire (gravures, publications) qu’il compile depuis des années. Il a déjà entamé la publication d’un ouvrage :  » Miscellannées, glanures sur les piranhas » et nous fait l’honneur de partager ses recherches ici. A noter que les publications de F.Martin sont disponibles dans la revue belge d’aquariophile AQUAFAUNA (déjà 6 chapitres depuis septembre 2011). Chaque mois, nous publierons une partie de son travail :

Aquariophile depuis plus de 30 ans, j’ai toujours été passionné par les poissons qui sortaient de l’ordinaire comme les Channas, Boulengerella, Lépisosteus, Hydrolicus, Périophtalmus, … Après avoir quitté le cocon de mon enfance, pendant une période de quelques années, étant locataire, je remisai l’aquariophilie dans un coin de mon cerveau. Il y a 15 ans devenant propriétaire l’aquariophilie reprit vie et la maintenance de poissons un peu « spéciaux » continua.
C’est donc ainsi que depuis de nombreuses années les « Piranhas » sont devenus un de mes centres d’intérêts et si je conservais déjà de nombreuses « choses » en rapport avec ma passion d’aquariophile (timbres, vieux livres,…), je ne possédais que peu de documents sur les « piranhas ».

De là, une nouvelle branche de ma passion germa. Je commençais donc à acquérir de nombreux documents sur la famille des serrasalmidae. Très peu de choses existaient en français, si ce n’est quelques articles dans certaines revues comme Aquarama avec l’article sur Edouard Bebronne, l’un des premiers reproducteur du nattereri (membre du cardinal club de Liège – Belgique) – Aquarama n°63 et 64 de 1982, l’article sur les serrasalmidae de Alessandro Mancini – Aquarama 134 de 1993… Récemment, il y a eu le livre de Marie Sophie Germain (voir lien du site – Bibliographie), mais celui-ci ne me satisfaisait pas encore suffisamment.

livresLes documents sur les serrasalmidés sont rares

Ayant acquis de nombreux livres en anglais et en allemand sur le sujet, je commençai à les traduire, je consultai de nombreux sites sur le sujet (www.piranhas-fr.net, www.opefe.com, …) et je commençai également la collecte d’anciennes gravures,… Tout l’un dans l’autre me donna l’envie, il y a quelques années de mettre en page le résultat de mes recherches.
C’est ainsi que je me lançai dans la rédaction d’un « livre » sur ces poissons dont la réputation faisait peur et ce malheureusement dû à une mauvaise ou à une information déformée. N’étant qu’un amateur mon approche n’aura aucune prétention scientifique. Mon but n’est pas de détourner les documents consultés mais de les mettre à la disposition de tous, me faisant « analyste » et livrant mon interprétation des documents sans oublier de citer l’ensemble des parutions consultées.
Mes écrits évoluant toujours, je n’ai pas encore pris l’ensemble des renseignements pour les publiés dans un livre, bien que depuis septembre 2011, mes articles sur le sujet paraissent chaque trimestre dans la revue de l’Inter-club d’Aquariophilie et d’Ichtyologie Francophone Belge (ICAIF), AQUAFAUNA. Je pense que le temps de montrer sur le net, le résultat de mon « glanage » est arrivé. Espérant capter votre attention, je vais donc dévoiler petit à petit sur le site www.piranhas-fr.net une partie du résultat actuel de mes recherches.

Frédéric MARTIN

Découverte de l’Amérique du sud

Si Christophe Colomb redécouvre l’Amérique, le 12 Octobre 1492, ce n’est que le 1 Août 1498 lors de son troisième voyage, qu’il découvre la puissante embouchure d’un grand fleuve boueux se jetant dans la mer, l’Orénoque (Venezuela). Dès cette découverte de l’Amérique du Sud, de nombreux récits de voyages, d’expéditions, mentionnent d’une façon ou d’une autre la présence dans les Rios¹ d’un poisson à la mâchoire redoutable.

colombChristop Colomb 1451 -1506

Suite à une tempête, Vincente Pinzon, ancien commandant de Colomb sur la Nina, découvre le 26 janvier 1500, le Brésil. Il touche terre près de la ville actuelle de Recife (Pernambuco) et ce trois mois avant l’arrivée du « découvreur reconnu » Pedro Alvarez Cabral. En effet, suite au traité de Tordesillas instauré sous le pape Alexandre VI qui délimite les empires portugais et espagnol, ces derniers, respectant la volonté du pape, ne revendiquèrent pas la découverte du Brésil par Pinzon laissant ce privilège aux Portugais.
C’est donc le 22 avril 1500 que Cabral toucha, également de manière fortuite, les côtes Brésiliennes près de la ville actuelle de Salvadore qu’il nomma à l’époque Santa Cruz (Sainte Croix). Par ce fait, le portugais devint la langue officielle du Brésil. Le Brésil dont le nom vient d’un bois exotique, qui, séché et pulvérisé, donne une matière tinctoriale rouge. C’est la grande quantité de ces arbres « bois de braise » et l’importance du commerce qui en découla qui donna le nom au Pays (en portugais, bois de braise se dit « brasa »).

EldoradoLe mythe de l’Eldorado

« Remontant » la côte, Pinzon découvrit également l’embouchure de l’Amazone auquel il ne porta pas une attention particulière laissant les nombreux conquistadors qui le suivirent, s’y intéresser sur base des «dires» d’indigènes, qui parlaient d’une contrée regorgeant d’or entre l’Amazone et l’Orénoque. De là, naquit le mythe de l’El Dorado².

L’Histoire du piranha dans la littérature

La première référence aux piranhas que j’ai relevée, est relatée dans LA RELATION DU VOYAGE D’ALONSO DE HERRERA AU RIO META (1535). Herrera fit plusieurs essais de « remonter » de l’Orénoque dans l’espoir de trouver des mines d’or (mythe de Meta…les terres mythiques d’El Dorado), d’abord comme trésorier de la mission de Diego Ordas (gouverneur du Maraňon… et ancien conquérant du Mexique à côté de Hernan Cortes) puis comme lieutenant du Gouverneur Jeronimo Dortal (ancien lieutenant de Ordas). Lors de sa dernière mission, arrivé à Meta, Herrera fut tué lors de combat avec les indiens par une flèche empoissonnée au curare.

pêcheLe premier « Umati » découvert est pygocentrus caribe

Sur Herrera, M. de Humboldt nous écrit, qu’ « En faisant des recherches sur le Dorado, j’ai trouvé la première notice sur l’Umati ou poisson carnassier de l’Orénoque, dans la relation du voyage d’Alonso de Herrera (1535) au Rio Meta »¹. Humboldt, dont nous retrouveront ses notes plus loin, commente également d’où vient le nom Umati en expliquant que « Les soldats trouvèrent, dans une cabane, des espèces de chaussons dont se servaient les pêcheurs pour se garantir de la morsure du Caribito. Ce poisson est très recherché et d’un goût agréable ; mais comme on n’ose se baigner partout ou il abonde, on peut le regarder comme un des plus grands fléaux de ces climats, dans lesquels la piqure des insectes tipulaires (mosquitos) et l’excitation de la peau rendent l’usage des bains si nécessaire. Le Caribe, que les Indiens Maypures appellent Umati, habite l’Apure, l’Orénoque et tous les affluents de ces rivières, surtout la Havana et le Cucivero. On le rencontre aussi dans les mares d’eau stagnante des Llanos de Vénézuéla. Les Espagnols appellent Caribe ces Serrasalmes, en faisant allusion à la cruauté de la puissante nation des Indiens Caribes ou Carina ».¹

Dans les environs de 1542, on trouve une nouvelle trace du piranha. Gonzalo Pizarro (un des quatre frères conquistadores Pizarro, dont le plus connu n’est autre que Francisco qui conquit le Pérou des Incas) et Francisco de Orellana lèvent une impressionnante expédition pour la première « descente » de la grande rivière des Amazones à la recherche de l’El Dorado. Parti le 12 février 1541 de Quito, le début de l’expédition est catastrophique et le 26 décembre 1541 arrivé sur le rio Napo, Pizarro jette le gant et retourne à Quito, tandis qu’Orellana continue, pour n’atteindre l’embouchure de l’Amazone que 8 mois plus tard, le 29 Août 1542, après cinq milles kilomètres.

Les fais de cette expédition furent relatés par un membre de l’expédition, un moine de l’ordre de Saint Dominique de Guzman, Gaspar de Carvajal (ou Carjabal, futur Archevêque de Lima), dans RELACION DEL NUEVO DESCUBRIMIENTO DEL FAMOSO RIO GRANDE QUE DESCUBRIO POR MUY GRAN VENTURA EL CAPITAN FRANCISCO DE ORELLANA (Récit de la découverte du fleuve amazone par Francisco Orellana) traduit en 1994 en français par Laure Técher dans AMAZONIE, VENTRE DE L’AMERIQUE. Carvajal y décrit les piranhas comme « petits, carnivores, poissons prédateurs qui scintillent bleu-vert ». Il écrit également comment, « lors d’une attaque, les indiens qui avaient été touchés par le feu des mousquets et par les boulets de canon, tombés de leurs canoës dans la rivière, ont été minutieusement « squelettisé » en un instant par ces poissons prédateurs qui étaient présents en grand nombre ».

Voyage de Pizarro vers l'Eldorado

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